Et si on plantait des arbres…

homme qui plantait des arbres

« L’homme qui plantait des arbres » de
Jean Giono, animé par Frédérick Bach

C’est sur la route du retour d’une visite de plus d’une douzaine de milieux de garde que l’image m’est venue : celle de ce berger, calme, rassurant, tenace et visionnaire, né dans l’imaginaire de Jean Giono. Dans ce conte admirablement animé par Frédérick Bach et raconté avec chaleur par le regretté Philippe Noiret, le berger « Elzéard Bouffier » décide librement de consacrer sa vie au reboisement d’une terre, jusque-là aride et incapable de fournir à la semence les conditions favorables à son enracinement. Tous les jours, ce berger plante une douzaine d’arbres avec la ferme conviction qu’il fera œuvre utile dans l’ombre de sa création.

La croissance de notre réseau est l’œuvre de milliers d’Elzéard Bouffier. Le geste est si simple, si quotidien, si rassurant et si intégré que sa grandeur passe parfois inaperçue. Au départ, ce n’est que quelques dizaines de visionnaires tenaces qui, comme Elzéard, ont mis en place le terreau fertile à la création de notre réseau. Au départ, ce n’est que des centaines de parents qui déposaient chaque matin leurs enfants dans les bras d’une éducatrice ou d’un éducateur passionnés de petite enfance. Puis, des cohortes sont sorties outillées des programmes collégiaux en petite enfance. Des installations se sont mises à pousser à l’ombre protectrice d’idéalistes et de passionnés de petite enfance et d’économie sociale. Et des ressources ont été confiées à ces bergers qui, à la douzaine, comme Elzéard, contribuaient activement à la création d’un réseau permettant l’équilibre travail-famille. Et des années sont passées. Et la mobilisation s’est accrue. Et la défense s’est organisée.

Hier, dans ma voiture, je me suis pris à penser à Dominique, qui, plus tôt dans la journée, dans son local magnifiquement aménagé, rassurait l’enfant de Claude et Julie partis travailler. Et Dominique était rassurant et avait mis en place les conditions propices au développement global de tous les autres membres de son groupe, qui s’amusaient avec du matériel de qualité choisi en fonction de leurs besoins. Et tous les enfants étaient calmes, libres et en sécurité.

Puis j’ai été pris d’un vertige. Le même que celui que j’ai ressenti dans les dernières minutes du film d’animation de Frédérick Back lorsque la caméra nous fait survoler la forêt d’Elzéard. Puis j’ai imaginé ces quelque 180 000 enfants de notre réseau. Puis j’ai pensé aux quelque 55 000 personnes qui œuvrent quotidiennement dans l’ombre de cette création magnifique. Et je me suis dit que de tous les débats, de toutes les recherches identitaires et de toutes les batailles, une grande œuvre avait été créée. Que ses racines étaient profondes et qu’elle avait changé à jamais notre société. Puis je me suis dit que nous pouvions être rassurés, que nous pouvions continuer à avancer, car Dominique était là pour veiller à ce qui est le plus précieux de notre société.