En as-tu vraiment besoin ?

* Le mercredi 8 février, Pierre-Yves McSween publiait un article dans La Presse+ intitulé La bulle financière des CPE . Ce blogue se veut une réponse à son texte.

Il y a 20 ans, le gouvernement Bouchard convoquait un sommet socioéconomique qui a donné naissance à une politique familiale ayant, comme principales mesures, l’introduction de l’assurance parentale et la création des services de garde éducatifs à tarif réduit. Est-ce que le Québec en avait vraiment besoin ?

À l’époque, plusieurs étaient d’avis que le piètre état des finances publiques du Québec commandait des mesures énergiques pour renverser une tendance déficitaire récurrente. La situation était telle que le gouvernement Bouchard légiférait pour interdire les déficits et favorisait le départ massif à la retraite de milliers d’infirmières.

C’est dans ce contexte que la vision d’une politique familiale favorisant la conciliation travail-famille et l’égalité des chances est née. À l’époque, toutes les conditions étaient réunies pour conclure que le Québec n’avait pas vraiment besoin de cette politique. Pourtant, dans le cadre du sommet socioéconomique, le gouvernement et tous les visionnaires de l’époque se sont inspirés du rapport « Un Québec fou de ses enfants » pour lancer le chantier le plus structurant depuis la Baie-James. En 1996, ces visionnaires allaient changer le Québec pour toujours en affirmant haut et fort que le Québec en avait vraiment besoin.

20 ans plus tard, le Québec en a-t-il toujours besoin ? Le 21 février prochain, la Commission sur l’éducation à la petite enfance fournira sa réponse après avoir mené une consultation citoyenne où une pluralité de points de vue de citoyens et d’experts ont été entendus dans 14 villes du Québec.

En attendant, quand vous en aurez l’occasion, demandez aux parents d’enfant nés depuis l’adoption de la politique familiale s’ils avaient vraiment besoin de services éducatifs à tarifs réduits. Demandez si ces services universels étaient vraiment nécessaires pour concilier leur carrière avec le projet d’avoir des enfants. Demandez aux enfants si les services d’éducation à la petite enfance de qualité étaient vraiment nécessaires pour faciliter leur préparation à l’école. Demandez aux jeunes adultes de familles de toutes les classes, pauvre, moyenne et aisée, s’ils avaient vraiment besoin de dépistage précoce pour leur fournir toutes les chances de réussir leur parcours scolaire. Demandez aux mères monoparentales si elles avaient vraiment besoin d’un service éducatif à tarif réduit pour sortir du cercle de la pauvreté.

Si la réponse semble si évidente pour eux, c’est qu’ils accordent une très grande valeur à cette éducation à la petite enfance de grande qualité qui change le Québec un enfant à la fois. Et pour eux, le retour sur l’investissement est l’actif dont ils ont le plus besoin.

Louis Senécal
Président-directeur général de l’AQCPE