Ma grand-mère

Pour ses proches, c’était Marie. Pour les autres, c’était Fernande. En cette Journée internationale des femmes, je rends hommage à ma grand-mère qui lutta à sa façon pour l’égalité.

Ma grand-mère était une artiste. Jeune fille, son fusain donnait vie à une forge et un chien. Ni son talent, aussi naturel que précoce, ni les premières éditions du Woman’s Day aux États-Unis ou de la Journée des femmes en Europe, n’ont suffi pour lui permettre de saisir la chance qu’on lui offrait d’aller parfaire son art en Europe.

Ma grand-mère était une femme de tête. Dans les parties de hockey de sa ruelle, elle faisait face, sans masque, aux tirs nourris de ses quatre frères.  Il en fallait de l’énergie et de la détermination pour faire non seulement sa place, mais aussi leur inspirer respect et admiration !

Ma grand-mère était une femme de cœur. Jeune femme, elle trouva l’homme de sa vie. Ils firent le choix bien personnel d’avoir quatre enfants. Rien ne la mettait plus en colère que de se rappeler l’odieux chantage du clergé qui refusait l’absolution à celles qui « empêchaient la famille ». Les curés n’ont rien à faire dans nos chambres à coucher, nous disait-elle.

Ma grand-mère était une femme résiliente. Jeune mère, sa santé s’est faite fragile ; puis l’ironique maladie retira son emprise sur elle pour aller faucher l’amour de sa vie. Désormais veuve, rien ne la rendait plus fière que d’avoir réussi à offrir la chance à ses deux filles et ses deux garçons de compléter leur cours classique.

Ma grand-mère était une femme indépendante. Veuve, elle fit l’achat de la première voiture familiale, se trouva un emploi de chef comptable et choisit d’émigrer sur la Rive-Sud pour y acquérir son petit lot d’avenir.

Ma grand-mère était femme de nature. Hiver comme été, ses passions horticoles semblaient sans limites et aucune pousse ni aucune fleur ne lui résistait. C’était comme si cette passion était une façon subtile de rappeler que nous sommes tous égaux devant la nature.

Ma grand-mère était une femme généreuse. Toute l’année, elle créait de ses mains une œuvre unique pour l’offrir à Noël à chacun de ses enfants et petits-enfants.  Toute l’année, elle accompagnait les personnes âgées du « Centre » où, suite à un AVC foudroyant, elle finit par écouler, une à une, ses dernières journées en silence avec un regard toujours aussi vif et rempli d’étincelles.

À certains égards, ma grand-mère c’était la vôtre. Elle luttait ou s’épanouissait discrètement, sans tambour ni trompettes. Mais pour nous tous, c’était un modèle d’égalité et un phare saillant dans le brouillard du destin.