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20 octobre 2010

Colloque annuel 2010 du Services des relations du travail de l’AQCPE

Jusqu'au 21 octobre
Sous le thème

Vers une nouvelle génération de cadres

CPE : le point sur une année pleine de turbulences

Lettre de Hélène Potvin, présidente, et Jean Robitaille, directeur général, de l’AQCPE
Montréal, 1er juin 2006 - Au moment où s’opère le 1er juin la plus importante transformation des CPE depuis leur création en 1997 (transférant la responsabilité de gestion de 88 000 places de garde en milieu familial assumée jusqu’à maintenant par 884 CPE vers 164 CPE agréés à titre de bureau coordonnateur), les acteurs de notre réseau sont partagés entre diverses émotions, parfois contradictoires. Cette période en est une de deuil pour plusieurs CPE qui perdent la garde en milieu familial, et également pour celles et ceux qui sont mis à pied ou qui vivent le départ de collègues. D’un autre côté, les CPE agréés bureau coordonnateur sont stimulés par ce nouveau défi et se préparent à le relever. Ce sont donc des sentiments de tristesse, de colère et d’amertume, de compétitivité et de solidarité, mais surtout un fort sentiment de responsabilité à l’égard des familles, qui se côtoient actuellement dans le réseau. 
 
Faut-il le rappeler, cette importante restructuration n’était pas désirée. Elle nous a été imposée, aux CPE comme aux responsables de service de garde en milieu familial, de force et contre l’avis de la grande majorité d’entre nous. La loi 124 a été adoptée dans les tristes circonstances que l’on connaît mais, au moins, le débat soulevé cet automne n’aura pas été vain. L’Association québécoise des CPE souhaite profiter de cette journée d’application de la réforme pour faire le point sur l’année pleine de turbulences que nous venons de vivre. 
 
Le débat sur la Loi 124
Jamais, depuis sa naissance, la mission et l’intégrité du réseau des centres de la petite enfance n’avaient été remises en question de façon aussi systématique et brutale. Les fondements de la qualité des services éducatifs à la petite enfance étaient mis en péril : ouverture à la commercialisation, diminution du pouvoir des parents, évacuation de la notion de programme éducatif, démembrement du lien CPE-milieu familial et atteinte aux partenariats avec la communauté. Le tout accompagné de compressions budgétaires majeures et de pertes d’emplois. Nous avions, comme association nationale, et comme réseau, à mettre tout en œuvre pour éviter ces reculs importants, préserver l’intégrité des CPE et ainsi assumer notre responsabilité à l’égard des services de qualité que l’on tient à offrir aux enfants et aux parents du Québec.
 
L’impressionnante mobilisation des parents, des travailleuses et responsables de garde en milieu familial du réseau, de divers groupes sociaux, de municipalités et de partenaires institutionnels, afin de dénoncer des pans négatifs du projet de loi a révélé une préoccupation bien réelle d’une grande partie de la population à l’égard de la mission des CPE.  Le rassemblement de 12 000 personnes au parc Jarry, la cueillette de 60 000 toutous auprès des familles et leur livraison devant l’Assemblée nationale, ainsi que la pétition de 210 000 signatures en témoignent.
 
Le débat social qui a été suscité est d’une grande valeur. Peu de sociétés arrivent à mener largement de telles discussions sur l’importance et la façon d’accompagner les apprentissages des jeunes enfants et l’implication de nos communautés à cet égard. C’est un acquis important qui laissera assurément des traces.
 
Malgré des résultats qui n’ont pas été à la hauteur de ce qu’on souhaitait (adoption de la Loi 124 sous bâillon, retrait du milieu familial de plus de 700 CPE, coupures budgétaires), nous avons réussi, avec l’aide de nos partenaires, par nos propos, nos actions et notre détermination à forcer des modifications significatives à plusieurs aspects litigieux du projet de réforme : pouvoirs des parents restaurés sur les conseils d’administration, programme éducatif mieux défini, retrait de la possibilité que la garde en milieu familial soit confiée au secteur à but lucratif, limitation du danger de commercialisation, compatibilité des deux modes de garde en CPE affirmée, autonomie préservée, etc. Par contre, il demeure que l’orientation de fond préconisant un retour à trois réseaux distincts (CPE, services de garde en milieu familial et garderies à but lucratif) persiste toujours avec l’introduction des 164 CPE - bureau coordonnateur. 
Une réforme bancale 
Nous entamons maintenant la phase d’application de cette réforme qui implique, au-delà des changements structurels, une coupure de plus de 50 % du budget alloué à l’encadrement de la garde en milieu familial (réduit de 104 M$ à 50 M$ en deux ans). Loin de créer des emplois dans l’ensemble du réseau, cela entraîne plutôt la perte nette de plus de 1000 postes en soutien pédagogique et en encadrement. Ces mises à pied touchent principalement des femmes, pionnières du réseau. Il s’agit d’une perte d’expertise inestimable.
 
Malgré l’engagement non équivoque des acteurs du réseau et des CPE agréés bureau coordonnateur à l’égard de leur mission auprès des familles, il reste que cette réduction considérable de personnel qualifié et de ressources financières n’est pas sans conséquences. Des partenariats avec la communauté, des projets particuliers d’intégration d’enfants ayant des besoins particuliers, des initiatives pédagogiques sont compromis. Néanmoins, en dépit de toutes ces contraintes, les valeurs portées par celles et ceux qui travaillent dans les CPE nous assurent que tout sera mis en œuvre pour tenter d’offrir la meilleure qualité de services possible aux enfants et aux parents.
 
Certaines attentes créées lors du dépôt du projet de loi, notamment à l’égard de l’accessibilité facilitée aux services, doivent également être mises en perspectives. Précisons que la loi 124 stipule que les bureaux coordonnateurs ne tiendront pas de listes d’attente, mais bien un système d’information centralisé afin d’orienter le parent vers un service de garde en milieu familial qui a des places disponibles, ou qui correspond à l’environnement recherché. On peut ainsi craindre que des parents inscrits sur la liste d’attente d’un CPE qui ne gère plus la garde en milieu familial à partir du 1er juin, perdent leur priorité dans le transfert vers le bureau coordonnateur. En outre, les parents qui souhaitent obtenir une place en installation devront continuer à frapper à la porte de différents CPE. Rappelons que nous avions plutôt proposé que soient centralisées les informations régionalement, tant pour la garde en milieu familial qu’en installations.
 
Un partenariat à relancer
L’AQCPE réaffirme son engagement à poursuivre la consolidation et la promotion de services de garde éducatifs de qualité pour les familles du Québec et le soutien aux apprentissages des jeunes enfants. Nous continuons à croire que ce défi doit être relevé collectivement, en misant sur la mobilisation et la concertation des «acteurs terrain» autant que sur le partenariat franc et fructueux entre notre réseau et le gouvernement québécois. Nous avons déjà signifié notre satisfaction devant le processus globalement rigoureux ayant mené à la sélection des bureaux coordonnateurs. Par ailleurs, alors que s’affirme à Ottawa une approche centralisatrice et moralisatrice du dossier des garderies, nous tenons à saluer l’annonce faite il y a quelques semaines par le gouvernement du Québec quant au maintien de la tarification des services de garde éducatif à 7$ par jour pour les parents. Nous recevons également très favorablement la modification règlementaire récemment proposée qui permettra de limiter les pratiques de tarification excédentaire au 7$ et de protéger ainsi les familles utilisatrices contre les abus. Ces engagements s’inscrivent dans le choix opéré par la société québécoise de rendre accessibles les services de garde éducatifs, en fonction de principes d’universalité et de qualité.