De passage sur la Côte-Nord, l’AQCPE témoigne du désarroi du réseau face aux compressions du gouvernement

Toujours fous de nos enfants ?

Sept-Îles, 30 novembre 2015 — De passage sur la Côte-Nord, l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) constate l’impact désastreux des actions du gouvernement sur le réseau des CPE.

« Nous sommes venus à la rencontre de celles et de ceux que le premier ministre a qualifiés hier de caricature, s’est exclamé Louis Senécal, président-directeur général de l’AQCPE. »

De Paris, le premier ministre réagissait hier aux pertes d’emploi qui découleront des compressions annoncées par son gouvernement dans les services de garde éducatifs subventionnés, en disant « qu’on est dans la caricature complète. Il n’y a aucune raison de couper dans les services ».

« La ministre de la Famille essaie de nous faire passer pour des gestionnaires incompétents, a déploré Danielle Maloney, directrice générale du CPE Sous le bon toit, à Sept-Îles. Elle trompe la population quand elle affirme que tous les services de garde sont du pareil au même et que nous pouvons tous fonctionner suivant le tiers qui coûte le moins cher. Nous accueillons notamment des enfants qui ont des défis particuliers. Nous faisons un suivi avec leurs parents et les autres intervenants du milieu de la santé. J’invite la ministre à venir sur le terrain pour nous expliquer comment nous pourrons continuer à offrir la même qualité après les compressions. Ça fait 27 ans que je travaille à bâtir ce réseau et je ne peux croire qu’il sera démoli après une génération ! », a ajouté Mme Maloney.

Ramener les enfants et les familles au cœur de nos choix

Au total, depuis 2006, plus de 400 M$ ont été coupés dans le réseau des services de garde éducatifs subventionnés. On apprenait récemment que le gouvernement s’apprête à couper 120 M$ additionnels. Or, suivant les paramètres fournis par le ministère la semaine dernière, ce sont en fait des coupes de 320 M$ que le gouvernement entend imposer à un réseau qui a déjà largement contribué à l’assainissement des finances publiques. Si le gouvernement va de l’avant, ce sont pas moins de 5 000 éducatrices qui se retrouveront à la rue, affaiblissant ainsi un réseau qui a fait ses preuves quant à son degré de qualité.

« Le premier ministre a les marges de manoeuvre nécessaires, affirme Louis Senécal, PDG de l’AQCPE. Son ministre des Finances l’a confirmé la semaine dernière : le Québec n’est plus en déficit et il y aura un surplus cette année. Ce n’est plus nécessaire d’étrangler les services de garde et les jeunes familles. Le temps est venu d’investir dans de ce que nous avons de plus précieux : nos enfants, l’avenir du Québec ! », a jouté M. Senécal.

Des parents frustrés et inquiets

Des parents de Sept-Îles témoignent aussi de leur inquiétude et de leur colère à l’égard de l’impact des décisions du gouvernement pour l’avenir de leurs enfants.

Valérie Desrosiers, mère d’un garçon de dix ans atteint d’un trouble du spectre de l’autisme dénonce les nouvelles compressions.

« Mon fils est entré au CPE à l’âge de deux ans, avec un protocole spécial, une diète spéciale, a-t-elle expliqué. Il avait besoin de massages, d’une orthophoniste. Seul le CPE pouvait s’adapter à notre réalité et nous offrir cet accompagnement personnalisé. J’ai été chanceuse. Aujourd’hui, il est dans une classe régulière. Mais je m’inquiète pour les autres. Je m’inquiète de cette obsession à vouloir couper partout, ce sont les enfants qui vont écoper. »

Jean-Philippe Morin, père de deux enfants de moins de 5 ans et directeur adjoint au bureau coordonnateur Sous le bon toit, connaît bien les impacts positifs, sur le développement de l’enfant, associées à la fréquentation d’un service de garde éducatif de qualité.

« Je suis grandement inquiet quant à la stabilité qui pourra être offerte à mes enfants avec les coupes annoncées. Mon fils et ma fille ont besoin d’avoir une éducatrice chaleureuse et bienveillante qui leur offrira une relation sécurisante. Sans cette relation, il sera difficile pour eux d’explorer leur environnement et de faire des apprentissages aussi riches et diversifiés. Est-ce que notre gouvernement souhaite vraiment priver les jeunes enfants de cette qualité et affecter leur bien-être ? »

Des gestionnaires responsables

Depuis des années, le réseau des CPE a optimisé au maximum le financement public qui lui est confié. En plus des compressions appliquées depuis dix ans, les gestionnaires de CPE ont revu leurs façons de faire pour réduire les coûts au maximum.

« Nous avons créé une coopérative d’achats groupés, une mutuelle de santé et sécurité, nous avons révisé les modes de fonctionnement des cuisines, explique Louis Senécal. Nos gestionnaires mettent en œuvre les meilleures pratiques à l’égard des fonds publics qui leur sont confiés. »

Solidarité des services de garde éducatifs subventionnés

La semaine dernière, dans un geste de solidarité sans précédent, les quatre associations nationales de services de garde éducatifs ont mis fin aux discussions avec le gouvernement et ont tenu un point de presse conjoint pour dénoncer les compressions annoncées. L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), l’Association des garderies privées du Québec (AGPQ), le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l’enfance (CQSGÉE) et le Rassemblement des garderies privées du Québec (RGPQ) demandent au gouvernement de renoncer aux compressions et de poursuivre la discussion sur des bases constructives.

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De gauche à droite : Mikael Bond, parent-administrateur du CPE Ritournelle à Sept-Iles, Louis Senécal, PDG de l’AQCPE, Danielle Maloney, DG du CPE Sous le bon toit, Valérie Desrosiers, parent, Jean-Philippe Morin, parent et directeur adjoint au bureau coordonnateur Sous le bon toit.