Dossier : l’intervention éducative en jeu libre et actif

Le rôle et la posture qu’adoptera l’éducatrice sont des éléments qui ont une influence majeure sur le jeu initié par l’enfant et le niveau d’intensité des activités des tout-petits. Comment accompagner l’enfant dans son jeu libre et actif ? Quelles sont les attitudes et les pratiques du personnel éducateur qui favorise le jeu libre et actif ? Dans ce dossier, nous nous attarderons à ces questions.

Les clés pour soutenir le jeu libre et actif

Définis dans le programme éducatif Accueillir la petite enfance 1, l’intervention éducative et l’intervention démocratique sont à mettre en œuvre au quotidien, car elles sont des clés pour soutenir le développement global de l’enfant par le jeu libre et actif. Un autre facteur important est la connaissance que l’éducatrice a de chaque enfant et de son niveau de développement.

Roue intervention éducativeL’intervention éducative dans un contexte de jeu libre et actif

Le but du processus d’intervention éducative (observer, planifier, intervenir, évaluer) est de soutenir le développement global de l’enfant. Rappelons que le jeu actif permet le développement global de l’enfant et non uniquement son développement physique ou moteur.

Le rôle de l’éducatrice est d’accompagner l’enfant qui se développe en créant des environnements qui offrent à l’enfant des occasions d’être actif et des environnements stimulants où celui-ci peut relever des défis adaptés à son développement. L’enfant bouge naturellement et y prend plaisir. Ce faisant, il explore et apprend à connaître le monde qui l’entoure tout en développant ses habiletés, sa connaissance de lui-même et son autonomie.

Observer dans un contexte de jeu libre et actif

Par l’observation, l’éducatrice pourra recueillir des informations sur l’enfant pour orienter ses interventions, mieux organiser l’environnement et planifier les occasions qui répondront à ses besoins.

Quoi et comment observer ?

32812992451_23e0d41a57_k Flickr Canadian Obesity NetworkPour apprendre à connaître chaque enfant, l’éducatrice observera son défi du moment, ses goûts et ses capacités, sa zone proximale de développement (ou en construction), ses peurs, ses acquis, ses comportements, ses interactions avec les autres, etc. Cela implique d’avoir une intention d’observation, une observation fine de chaque enfant. Les questions que l’éducatrice pourra se poser sont par exemple : qu’ai-je besoin de connaître sur l’enfant qui va me permettre de le soutenir dans son développement ? À quoi s’intéresse l’enfant ? Comment manipule-t-il les objets ? Qu’est-ce qu’il est en train de découvrir ? Pourquoi répète-t-il ce geste ? Qu’elle expérience est-il en train de vivre ?

L’éducatrice observera aussi la dynamique du groupe, car le jeu actif favorise les relations et l’apprentissage du comportement social (les pairages, les sous-groupes naturels, l’intérêt pour être en grand groupe, l’entraide, la collaboration, les tensions, le climat, etc.)

Aussi, elle considèrera si l’aménagement des lieux est optimal en fonction du développement de l’enfant. Y a-t-il de l’espace pour jouer ? Le matériel proposé est-il invitant et inspirant ? L’esthétisme des lieux est-il chaleureux ? Et ainsi de suite.

Planifier et organiser dans un contexte de jeu libre et actif

Comment ?

En fonction des besoins et des intérêts de l’enfant et selon une intention pédagogique, c’est-à-dire un objectif précis quant au développement et à l’apprentissage des enfants (Epstein, 2007). En gardant un horaire flexible, ajustable aux jeux que les enfants amorceront eux-mêmes.

Quoi planifier et organiser ?

  • Votre planification s’adapte au niveau de développement de l’enfant, à sa façon d’apprendre, à son rythme et à ses goûts. Le but de planifier est de permettre à l’enfant de faire des expériences positives et diversifiées, présentant des opportunités de réussite à travers des défis réalisables, où l’enfant en retirera un grand plaisir, et qui le stimulera à apprendre et à oser. Par exemple, vous avez observé et ciblé où se situe l’enfant dans son développement, dans ses apprentissages (à quoi il s’intéresse est un bon indice). La planification vous permet de prévoir quels gestes clés, quels indices, quel matériel et quel environnement pourraient soutenir son développement pendant ses jeux.
  • shutterstock_691885873Du temps pour jouer activement et permettre à l’enfant de développer son jeu. Les moments où l’enfant est le plus actif sont lorsqu’il initie lui-même ses jeux (Dugas et Point, 2012). « Lors des jeux extérieurs, quand ce sont les enfants qui initient eux-mêmes le jeu, il y a plus de temps passé aux activités physiques d’intensité moyenne à élevée (APIME) (19.5 %) comparativement aux activités initiées par l’adulte (15.4 %). »

Le jeu actif ne s’inscrit pas de façon ponctuelle dans l’horaire, mais se traduit par une préoccupation tout au long de la journée. Il devrait donc être possible pour l’enfant de bouger à tous les moments et non de façon limitée à une case horaire.

  • Le matériel varié doit être mis à la disposition des enfants. Ces derniers font des merveilles avec tout le petit matériel, car il est portatif et leur permet de se déplacer avec, de courir après (ex : des bulles de savon) ou de le transporter.
  • L’environnement physique intérieur et extérieur (le local, la cour, le parc, le boisé, la piscine, une promenade dans le quartier, etc.).

Intervenir dans un contexte de jeu libre et actif

Dans une optique d’intervention éducative visant le jeu libre et actif, le rôle de l’éducatrice est de :

  • Accompagner les enfants dans leurs jeux actifs
  • Intervenir au besoin pour les soutenir et les encourager dans leurs prises de risque, c’est-à-dire lorsqu’ils relèvent les défis qu’ils auront choisis. Voici quelques questions que l’éducatrice pourra se poser : dans cette situation, est-ce que je dois intervenir ? Si oui, pour faire quoi ? Si je compte jusqu’à 10 avant de le faire, que va-t-il se passer ?
  • Enrichir leurs jeux « en proposant des variantes ou en introduisant des éléments nouveaux pour que les enfants se développent en allant du connu vers l’inconnu 2 »
  • Tirer profit de situations inattendues pour une occasion d’apprentissage et de développement pour l’enfant

Le jeu libre, les rôles de chacun

Réflexion-rétroaction en contexte de jeu libre et actif

Sur mon intervention éducative

Avoir conscience de la portée de vos actions sur le développement et les apprentissages des enfants est un grand pas vers l’amélioration de vos pratiques en jeu libre et actif. Il est donc favorable de vous observer et de vous questionner. Vous pourrez ainsi réajuster vos interventions et aussi évaluer si l’ensemble des éléments que vous avez mis en place assure le développement global et harmonieux des enfants.

Rappelez-vous que vos pratiques, vos croyances et vos craintes influencent vos attitudes à l’égard des enfants. En conséquence, la nature de vos interventions, votre style d’intervention, votre gestion du risque ont des effets sur le développement global des enfants.

Sur mon style d’intervention

Lorsque l’on parle de jeu libre, ou initié par l’enfant, on touche nécessairement à la notion d’intervention démocratique (voir tableaux ci-dessous). Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?

  • Partager le pouvoir avec l’enfant. Comment ? Observer les indices que fournit l’enfant et apprendre de lui, participer à ses jeux, favoriser son libre choix, soutenir son jeu et le mettre en valeur, l’inciter à participer aux décisions, soutenir l’enfant dans ses initiatives, l’encourager dans sa prise de risque à relever des défis, etc.
  • Découvrir et réagir aux champs d’intérêt, aux habiletés et aux forces de l’enfant, analyser les situations en adoptant son point de vue
  • Favoriser les activités qui proviennent des initiatives des enfants et des expériences qui favorisent leur développement, valoriser l’apprentissage actif
  • Utiliser l’approche de résolution de problèmes pour régler les conflits qui surviennent

shutterstock_64452961Dans l’application de l’intervention démocratique, une crainte fréquente des éducatrices est de perdre le contrôle des comportements de l’enfant, ou pire, de ceux du groupe. Dans le jeu actif, il y a un phénomène d’excitation, relié au plaisir de jouer, qui est parfois confondu à de l’agitation.

Le jeu actif est une excellente occasion pour l’enfant de développer son autorégulation. En effet, celle-ci l’amènera à adapter ultérieurement ses comportements aux différents contextes du quotidien (ne pas faire trop de bruit quand les autres dorment, à gérer son excitation dans les jeux de chamaille, à gérer ses relations avec les autres, à bouger ou à s’arrêter si l’environnement ne s’y prête plus, etc.). L’éducatrice va le soutenir dans ce sens en le laissant faire des choix, en l’accompagnant à trouver lui-même ses propres solutions et en lui permettant de s’exercer dans le contrôle de ses émotions et de ses comportements. C’est avec la pratique offerts par le jeu libre et actif que l’enfant pourra s’autoréguler de façon plus autonome et ainsi apprendre le comportement qui est approprié à la situation qu’il vit.

Voici des questions que l’éducatrice pourra se poser :

  • Quelles sont mes forces dans l’application de l’intervention démocratique ?
  • Quels sont mes défis dans l’application de l’intervention démocratique ?
  • Quels sont les moyens que je désire mettre en place pour relever un de mes défis ?

Notes:

  1. Partie 2, chapitre 5, pp 32-38.
  2. Programme éducatif Accueillir la petite enfance, p.32