
Au quotidien, dans un SGEE, les jeux devraient majoritairement être amorcés par les enfants, ce qui veut dire qu’ils prennent l’initiative de démarrer le jeu avec son thème, le matériel nécessaire, en solo ou avec d’autres, les règles, etc. Idéalement, l’adulte y est toujours impliqué de façon plus ou moins directe. D’autre part, l’adulte peut parfois proposer lui-même un jeu ou une activité pour laquelle l’enfant aura toujours le choix de participer ou non.
Que ce soit l’enfant ou l’adulte qui amorce le jeu, l’enfant devrait toujours pouvoir :
Jouer pour le plaisir, juste pour le plaisir.
Choisir librement de participer ou non
Manipuler le matériel selon sa créativité.
Décider de la direction du jeu : règles, scénario.
Choisir l'objectif, le matériel, la durée et les partenaires de son jeu.
Recevoir le soutien de l'adulte au besoin (émotionnel, social, favoriser l'inclusion).
Disposer d'un matériel suffisant et varié.


Les adultes peuvent adopter différents rôles dans les jeux et les expériences vécues par les enfants, ce qu’on appelle le continuum d’accompagnement dans le jeu. Ces rôles vont d’un accompagnement qui implique peu ou pas l’adulte à un accompagnement où l’adulte prend beaucoup de place. Ces rôles sont : l’adulte non-engagée, l’observatrice bienveillante, la metteure en scène, la cojoueuse/coexploratrice, la leader-accompagnatrice et la directrice du jeu. Que le jeu soit amorcé par l’enfant ou par l’adulte, les personnes éducatrices devraient pouvoir adopter un rôle ou l’autre, dépendamment de la situation, tout en évitant au maximum le rôle non-engagé ou celui de directrice du jeu. Pourquoi?
La posture non engagée (passive) correspond à une éducatrice qui observe dans le but de surveiller, interagit très peu et n’accompagne pas le jeu. La personne éducatrice devient alors simplement une surveillante, plutôt qu’une accompagnatrice du développement de l’enfant. Pour ce qui est de la posture de directrice de jeu, la personne éducatrice contrôle le jeu, décide des règles et impose ses idées. Le jeu devient alors dirigé par l’adulte, ce qui lui enlève son caractère libre et exploratoire.
À quel rôle pourraient être associés les exemples suivants?
Lors de la période de jeu à l’extérieur, une éducatrice est assise sur une souche près du carré de sable et garde un œil sur l’ensemble de la cour. Léa et Théo font des constructions dans le sable. Noah arrive et prend leurs pelles sans demander. Léa proteste, les voix montent un peu, Théo tire sur une des pelles de toutes ses forces pour la récupérer. L’éducatrice regarde la scène et dit à distance : « Doucement les enfants, on partage svp ». Elle ne s’approche pas, ne vérifie pas la situation et ne les soutient pas pour trouver une solution concrète. Le conflit se règle difficilement et Noah quitte le jeu frustré.
Réponse : Adulte non-engagée
Mathilde construit une tour avec des blocs, la fait tomber, recommence, puis invente une histoire autour de ses constructions. Aucun adulte ne dirige l’activité, mais il reste disponible à proximité. D’autres enfants veulent également jouer avec les blocs et décident de prendre ceux de Mathilde. L’adulte intervient auprès des autres enfants pour leur expliquer qu’elle jouait déjà avec ces blocs. Il propose ensuite aux autres enfants d’aller chercher d’autres blocs ou de choisir un autre jeu.
Réponse : observatrice bienveillante
Max joue à faire la cuisine. La personne éducatrice s’assoit près de lui et demande : « Qu’est-ce que tu prépares aujourd’hui ? » Puis, elle suit le scénario proposé par Max et s’intègre dans le jeu, tout en soutenant l’interaction avec d’autres enfants et en facilitant le partage du matériel.
Réponse : cojoueuse
La personne éducatrice se tient proche d’un groupe de trois enfants qui observent des traces dans la neige. Elle leur demande d’où proviennent ces traces selon eux. Ils discutent ensemble sur leurs hypothèses qui impliquent des animaux réels, des loups-garous et des personnages de dessins animés. Ils décident alors de courir tout autour pour savoir qui serait le premier à trouver d’autres traces comme celles-ci.
Réponse : leader-accompagnatrice
L’adulte propose un parcours moteur avec des coussins, des tunnels et des cerceaux. Certains enfants s’y engagent immédiatement, d’autres décident de rallonger le parcours en ajoutant des obstacles durant lesquels il faudra se protéger des dragons. L’adulte poursuit dans cette veine en suggérant du matériel pour bonifier le parcours. L’adulte accompagne sans imposer une seule façon de faire.
Réponse : metteure en scène
L’éducatrice responsable d’un groupe de 4-5 ans propose de jouer au restaurant dans le coin cuisine. Elle assigne aux enfants les rôles de cuisinier, serveur et client. Un enfant dit qu’il sera le Papa et qu’il conduit un petit tracteur. Martine lui rappelle que présentement, on ne joue à faire comme à la maison, on joue au restaurant.
Réponse Directrice de jeu
L’équipe du SGEE peut mettre de l’avant certaines attitudes et adopter différentes façons de faire au quotidien afin de permettre aux enfants de jouer librement et activement et ce, sur de longues périodes.

L’accompagnement de l’enfant repose sur une observation attentive de la personne éducatrice, afin d’enrichir l’expérience de l’enfant avec du matériel, des objets ou des situations qui favorisent de nouveaux apprentissages, par exemple :
Elle valorise les efforts et les progrès.
Elle soutient les plus timides.
Elle encourage l’enfant et le soutient dans ses expériences pour bouger de façon autonome : monter, descendre, être en équilibre.
Elle invite les enfants à participer sans les forcer.
Elle fait des propositions qui permettent de varier l’intensité des jeux. Les enfants bougent alors de façon plus vigoureuse, ce qui améliore leur développement musculaire, leur ossature et leur capacité cardiovasculaire.
Il est aussi possible pour la personne éducatrice d’offrir aux enfants des périodes de jeu suffisamment longues et flexibles, adaptées à leur rythme. La recherche démontre qu’il peut prendre entre 20 et 90 minutes aux enfants pour trouver leur jeu, l’élaborer, le mettre en œuvre puis le complexifier. Le rythme n’étant pas le même pour tous les enfants, des périodes de jeu plus longues et adaptées permet à chacun de jouer pleinement.
Bien que les recommandations en matière de jeu actif pour les jeunes enfants varient selon l’âge des enfants (de 60 à 180 minutes par jour), elles convergent vers une même idée : il est essentiel de respecter le rythme propre à chaque enfant et de lui offrir suffisamment de temps pour explorer, créer, bouger et enrichir son jeu de façon autonome ou avec l’adulte.
Grâce à ses observations au quotidien, la personne éducatrice apprend à mieux connaître chaque enfant : ses intérêts, son développement et ses besoins. Ces informations alimentent sa planification et l’aident à identifier des expériences et du matériel adaptés, entre autres. Elle peut ainsi proposer aux enfants du matériel et aménager les espaces de jeux pour offrir des possibilités de jeu et des défis stimulants, dans lesquels ils auront envie de s’engager activement. Les défis proposés se situent dans la zone de « délicieuse incertitude », cet espace juste au-delà des capacités actuelles de l’enfant, où le défi est stimulant, mais réaliste aux yeux de l’enfant.
Enfin, les activités sont pensées pour être accessibles à tous et adaptées aux besoins de soutien particulier de chacun : leur rythme, leur motricité, leur sensibilité, etc. La personne éducatrice favorise ainsi l’inclusion, renforce le sentiment d’appartenance au groupe et la motivation de l’enfant, tout en soutenant naturellement son développement global.
Accessibilité Le matériel est accessible lorsqu'il est facile à atteindre et à utiliser. Les enfants peuvent y accéder de façon autonome, sans l'aide de l'adulte. L'aménagement des locaux et de la cour permet l'accessibilité lorsqu'il est organisé en coins ou zones avec du matériel regroupé par type. L'enfant peut ainsi repérer facilement le matériel qu'il désire et voir quel type de jeu peut se dérouler dans cet espace. Ces aménagements demeurent souples et évolutifs pour permettre une reconfiguration selon les intérêts et les initiatives des enfants. |
Mobilité : le matériel libre Le matériel mobile peut être déplacé, transporté, assemblé et réorganisé par les enfants au gré de leur initiative, ce qui inclut les meubles. On parle donc ici de la possibilité pour les enfants de déplacer l'ameublement et le matériel. Installer des roues, avec freins, sous les meubles est une excellente façon de faciliter la mobilité. |
D’abord et avant tout, les personnes éducatrices doivent s’assurer que l’environnement et le matériel sont sécuritaires, en éliminant tout danger réel. Les enfants peuvent alors explorer et jouer librement et activement, y compris à des jeux impliquant une prise de risque acceptable tels que grimper dans un arbre, courir vite, glisser, se chamailler, jouer près d’un cours d’eau, etc. Ce type de jeu, riche en apprentissages, doit se dérouler dans un contexte de sécurité bien dosée, c’est-à-dire le juste équilibre entre laisser l’enfant prendre part à des jeux comportant des risques et veiller à sa sécurité. En étant soutenu par la personne éducatrice, l’enfant apprend à évaluer, à choisir et à gérer le risque ainsi qu’à éviter par lui-même les dangers.
Les moments passés à l'extérieur sont précieux pour les enfants. Quand ils jouent dehors, ils bougent plus et sont plus libres. Parce qu’ils ont plus d’espace à l’extérieur, les enfants peuvent jouer selon des intensités plus élevées qu’à l’intérieur, ce qui aide au développement de leur santé cardiovasculaire et musculosquelettique.
Le temps passé à l’extérieur joue également un rôle important dans la prévention de la myopie chez les jeunes enfants parce que la lumière naturelle favorise un développement sain de l’œil. De plus, regarder au loin — les arbres ou le ciel — permet de reposer les yeux, contrairement aux activités de près, comme les écrans ou les livres. Ainsi, les enfants qui jouent régulièrement dehors présentent un risque réduit de développer la myopie.
L’extérieur est également un milieu riche pour explorer les éléments de la nature. Toucher la terre, sentir les fleurs, écouter le vent ou regarder les feuilles bouger stimulent leurs cinq sens : cela aide à construire leur compréhension du monde de façon concrète. Explorer la nature encourage la curiosité, les questions (« Pourquoi les feuilles tombent ? »), l’expérimentation et la résolution de problèmes.
Le contact avec la nature permet également de relever des défis et de renforcer la confiance en soi des enfants (monter sur une roche, sauter par-dessus une flaque d’eau, déplacer de grosses branches). Surtout, il réduit le stress et favorise le bien-être des tout-petits comme des adultes.
Lorsqu’elle participe au jeu des enfants, la personne éducatrice devient un modèle positif. En bougeant avec eux, elle démontre le plaisir d’être actif et encourage l’essai de nouveaux mouvements. S’impliquer dans le jeu des enfants lui permet aussi de mieux les observer pour leur proposer des défis et des occasions de prises de risque acceptable pour enrichir les apprentissages et maintenir leur motivation.
Même si certaines activités calmes sont nécessaires — lecture, dessin, jeux de table — le SGEE veille à ce que leur durée soit raisonnable et entrecoupée de moments actifs ou dynamisés, comme se tenir debout, s’asseoir sur un ballon ou varier les postures.

