Le mouvement a pris davantage d'ampleur au Québec depuis quelques années. Le contact avec la nature, les plus grands espaces, les multiples découvertes à faire et l'air frais sont quelques-uns des grands avantages de cette approche. L'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) a pris appui sur la recherche et sur des expériences de qualité vécues dans plusieurs SGEE pour élaborer un cadre de référence en éducation par la nature, Alex. Ce cadre propose une approche en cohérence avec les documents de référence des SGEE : Accueillir la petite enfance et Gazelle et potiron. | L'EPN CHEZ LES PREMIÈRES NATIONS « Fondement de nos cultures, le territoire est aussi un pilier du mieux-être, de l'identité et du sens de la responsabilité partagée. Cette approche repose sur la conviction que le développement des enfants des Premières Nations est intimement lié à leur environnement et qu'une interaction significative avec le territoire est une clé de leur santé. » « Les savoirs sont intrinsèquement liés au contexte et au lieu (…) Le territoire en soi devient une source d'apprentissage, guidant la transmission des valeurs, des compétences et des traditions au fondement des communautés. » Extraits de Savoirs partagés, Approche pédagogique auprès de la petite enfance chez les Premières Nations au Québec de la CSSSPNQL. |

Le cadre de référence Alex est l’outil incontournable pour les équipes en service de garde éducatif à l’enfance (SGEE) qui souhaitent implanter l’éducation par la nature (EPN) dans leur milieu. Le cadre de référence est divisé en trois parties :
Les faits saillants de la recherche et l’implantation de l’EPN.
Le cœur du cadre : un chapitre pour chacun des 8 principes de l’EPN, un chapitre sur la documentation pédagogique et un autre sur l’inclusion des enfants ayant des besoins de soutien particulier
Un coffre à outils : des exercices en lien avec les 8 principes, des fiches techniques, des canevas et des procédures pour soutenir concrètement l’implantation de l’EPN en SGEE

Cadre de référence Alex

L’éducation par la nature n’est ni une activité mise en place pour les enfants lors de sorties en milieu naturel, ni un programme avec des éléments prédéterminés.
Il n’y a pas deux projets identiques en éducation par la nature. Chaque SGEE met en œuvre l’EPN en fonction de ses propres réalités, de son environnement, de ses moyens, etc.
Il s’agit d’une approche constituée de huit principes interreliés et interdépendants, établis à partir de données de la recherche et inspirés par de bonnes pratiques issues d’initiatives d’ici et de partout à travers le monde. Le cadre Alex a été élaboré dans un souci de cohérence avec les documents de référence proposés par le ministère de la Famille, Accueillir la petite enfance et Gazelle et Potiron.
Le premier principe de l’EPN est une invitation à ralentir, à avoir de la souplesse afin de respecter le rythme des enfants et de profiter des occasions qui se présentent au fil de la journée.
Ce principe vise aussi à mettre les enfants au contact de la nature ou d’environnements naturalisés souvent, longtemps et régulièrement et par tous les temps, c’est-à-dire en toutes saisons et par toutes les conditions météorologiques, sauf lors de conditions extrêmes bien évidemment.
En EPN, le contact avec la nature constitue un levier pour susciter l’apprentissage et le développement des enfants. L’EPN dépasse la simple promenade en nature : ça implique de s’arrêter pour permettre aux enfants de toucher, de jouer, d’explorer, de découvrir au contact de la biodiversité.
Le matériel libre et polyvalent, qu’il soit naturel, recyclé, réutilisé ou commercial, permet aux tout-petits d’utiliser leur créativité pour faire émerger tous les types de jeux.
L’EPN se vit tout au long de la journée, autant en milieu naturel que dans la communauté, à l’intérieur du SGEE comme à l’extérieur, notamment en naturalisant ces espaces.
En pédagogie émergente, il n’y a pas de programmation préétablie : les expériences vécues par les enfants sont issues de leurs intérêts, de leurs initiatives et de leurs questionnements, à partir desquels se construit l’action éducative. Elle s’appuie sur une vision de l’enfant comme étant fort, compétent et curieux. Ainsi, l’enfant est interpellé dans sa globalité, sans structurer les situations de jeu à partir d’intentions pédagogiques spécifiques à l’un ou l’autre des domaines de développement.
La pédagogie émergente nécessite une posture d’affût des éducatrices ou des responsables de service de garde en milieu familial (RSGE) afin qu’elles puissent saisir toutes les occasions de faciliter et de complexifier les expériences des enfants.
L’EPN est un contexte riche pour la pédagogie émergente. Les principes qui guident l’EPN, notamment la vision du temps ainsi que la richesse des environnements et du matériel proposé, facilitent la pédagogie émergente.
En éducation par la nature, tout comme dans le programme éducatif Accueillir la petite enfance (qui s’inspire du CLASS de Hamre et al., 2014; La Paro et al., 2012; Pianta et al., 2008.), la qualité des interactions entre le personnel éducateur (les adultes) et les enfants est au centre de la qualité éducative. Elle est essentielle pour soutenir le développement global des enfants.
Les trois domaines de la qualité des interactions sont le soutien affectif, l’organisation de la vie en collectivité et le soutien à l’apprentissage.
La qualité des interactions passe également par le choix de postures d’accompagnement de l’adulte dans le jeu des tout-petits dans leurs les explorations. Selon les contextes, l’adoption d’un rôle d’observatrice bienveillante, de metteure en scène, de cojoueuse et de leader accompagnatrice sont à privilégier pour nourrir le jeu des enfants. Il est recommandé d’éviter le plus possible les postures d’adulte non-engagée et de directrice du jeu.
Le partenariat avec les parents contribue au bien-être et au développement des enfants mais aussi à celui des familles et des éducatrices et RSGE. Comme l’implantation de l’EPN implique certains changements (pédagogie, matériel proposé, horaire, lieux fréquentés), il est important, dès l’arrivée de l’enfant au SGEE, d’informer les parents et de compter sur leur collaboration pour assurer la pérennité de ces changements.
Une fois le projet bien établi, ce partenariat demeure essentiel pour assurer la continuité et la cohérence entre le SGEE et la maison, afin de travailler ensemble au bien-être de l’enfant.
L’approche écologique, un des fondements théoriques d’Accueillir la petite enfance, souligne l’interdépendance et l’interinfluence entre l’enfant, ses milieux de vie et la communauté.
L’EPN se veut une approche ancrée dans la communauté, permettant à l’enfant de découvrir, de jouer, d’apprendre au contact d’une diversité de personnes et d’environnements naturels ou bâtis.
Ce sixième principe implique d’abord de se faire connaître de sa communauté et d’informer les citoyens sur l’EPN, sur l’importance du réseau de la petite enfance et sur les besoins des enfants.
Les municipalités peuvent être de bonnes alliées pour faciliter l’éducation par la nature dans des endroits publics. Les SGEE et les RSGE peuvent s’organiser pour faire des demandes communes auprès de leur municipalité pour, par exemple, augmenter la sécurité des enfants lors de déplacements ou pour laisser volontairement des branches et des grosses roches dans certaines zones.
Puis, il implique de connaître les ressources de sa communauté, de créer des ponts avec elles pour implanter et faire vivre le projet d’EPN. On peut penser au droit d’accès à un milieu naturel, à des subventions, à des dons de matériel, à des personnes-ressources ayant des connaissances plus fines sur les écosystèmes, etc. Les partenaires de la communauté sont de précieuses ressources avec qui collaborer.
Le jeu risqué est essentiel pour le développement global des enfants. En SGEE, il faut toutefois qu’il s’inscrive dans un cadre sécuritaire. La sécurité bien dosée, c’est donc de trouver le juste milieu entre laisser l’enfant prendre part à des jeux risqués et veiller à sa sécurité.
La sécurité bien dosée, septième principe de l’EPN, permet de faciliter la mise en place des orientations favorisant le jeu actif et le développement moteur du cadre Gazelle et Potiron. Bien plus qu’un aspect du développement physique et moteur, la prise de risque acceptable est essentielle au développement global des enfants et favorise à la fois leur santé physique et mentale.
L’approche de sécurité bien dosée est donc préférable à celle visant à éliminer tous les risques. Une prise de risque est acceptable lorsque les bénéfices sont plus importants que les risques. Chaque situation doit être analysée : l’adulte observe les enfants et les accompagne dans leurs prises de risques pour les garder en sécurité, tout en leur permettant de relever de nouveaux défis.
Le milieu naturel n’est ni normé ni sécurisé, et pourtant, jusqu’à maintenant, la recherche démontre qu’il n’y a pas plus d’accidents en contexte d’EPN qu’en contexte traditionnel. Le personnel éducateur relève toutefois la nécessité d’être bien préparé pour composer avec les défis particuliers des milieux naturels.
Le huitième principe de l’EPN vise à rapprocher les enfants de la nature et à contrer le déficit nature en vue qu’ils s’engagent éventuellement dans des actions écoresponsables lorsqu’ils seront en âge de le faire.
Pour éveiller la sensibilité écologique des tout petits, deux avenues sont particulièrement efficaces :
Susciter l'émerveillement en mettant les enfants au contact de la nature, souvent et longtemps. Leur faire vivre des moments de plaisir, avec tous leurs sens, en milieu naturel ou naturalisé. | |
Soutenir la curiosité des enfants pour le monde qui les entoure en évitant de leur donner des réponses trop rapidement. Les questionner et adopter une posture de cochercheur avec eux pour explorer leurs questionnements, soutenir le processus de recherche et les amener à faire des hypothèses. |
Les stratégies visant à responsabiliser ou à conscientiser les enfants de 0-5 ans par rapport à la nature ne sont pas appropriées pour leur âge. Ces stratégies sont fort pertinentes, mais davantage pour des personnes avec plus de pouvoir d’agir.
Durant la période de la petite enfance, l’important est de mettre les tout-petits au contact de la nature pour qu’ils aient du plaisir et qu’ils apprennent à l’aimer. Ceci implique qu’ils puissent l’explorer, la toucher, la manipuler… tout en limitant le plus possible la dégradation du milieu naturel.


